vendredi 13 juin 2014

Page 5 De Hendaye à Ségovie

Cette partie de l'itinéraire, je l'ai effectuée seul, du 12 au 20 octobre 2013, Jean-Paul n'étant pas disponible. C'est une première expérience de ce genre pour moi et s'il y a des avantages à voyager seul, la gestion au jour le jour de toutes les difficultés rencontrées est parfois pas évidente: exemple personne pour prendre le relais en cas de vent défavorable! 

J'ai pris mon vélo de rando plutôt que le vélo de route pour être sûr de pouvoir disposer des 3 plateaux dans les cols (et j'ai bien fait) avec seulement deux petites sacoches à l'arrière, la sacoche avant et un petit sac d'appoint sur les sacoches arrières.

550 km - 6636 m de montée - 5385 de descente

L'itinéraire été le suivant:

12 Octobre

Ce voyage commence sous le signe d'une caténaire en panne, un grand classique de la SNCF ; puis sous la pluie jusqu’à Bordeaux mais on voit bien que le ciel est plus clair dans le grand sud. Je dormirai, ce n’est pas très original mais c’est un grand classique aussi, à l’hôtel de la gare que Jean-Paul avait déjà fréquenté il y a un mois. Le dimanche soir à Hendaye, pas grand-chose d’ouvert pour se restaurer mais mon hôtelière m’indique que chez Maxime, c’est toujours ouvert. On se calme il s’agit seulement d’une pizzeria mais le poisson y est bon. Manger dehors est possible mais limite frisquet. 

13 Octobre

Je fais le plein d’eau, de sandwich et de gâteau basque (!) en face de la gare avant de démarrer. Dès que le pont sur la Bidassoa est franchi, il s’agit de grimper le Jaïzkibel ; le sommet lui-même est à plus de 500 m d'altitude alors que le col routier est à 455 m. Comme ce col est emprunté par la course cycliste dite « classique de San-Sebastian », je crains des pourcentages assez sévères pour cette mise en jambe. Ce sera parfois le cas mais de façon assez brève. 

Comme plusieurs fois pendant ce voyage, le ciel gris du matin fera bientôt place à de belles éclaircies puis carrément à du grand beau temps et chaud avant de  se recouvrir le soir. Sorti des dernières maisons d’Hondarrabia, calme et silence m’enveloppent dans l’effort ; la circulation est faible et très respectueuse du cycliste ahanant dans les pentes. Très rapidement aussi on retrouve, bien qu’en bord de mer, ce paysage typique du pays basque: de très belles pelouses, bien ratissées de son herbe par des troupeaux de moutons, voire même des chevaux.

Au col, le soleil est là, la vue plonge de plus de 400 mètres sur la côte ; de nombreux chemins parcourent ce site qui semble assez bien protégé. La côte qui se profile au loin reste très déchiquetée mais les falaises seront moins hautes. L’effort fourni à froid va, de toute évidence, me laisser des traces musculaires, mais le soleil aidant, tout baigne en ce lundi.





  



La descente du Jaïzkibel amène à un bras de mer aménagé en port industriel. Dans un premier temps je ne vois pas comment je vais pouvoir me faufiler dans l’entrelac de routes à 4 voies et autres auto ponts: en fait si, ça passe via une bande piéton/vélo assez bien pensée et jamais dangereuse. J’apprécie cependant au plus haut point de voir mon itinéraire se développer sur mon GPS posé sur mon guidon; que ferais-je sans lui? je perdrais beaucoup de temps.

Petit à petit l’agglomération industrielle fait place aux beaux quartiers de Donostia (San-Sebastian) et l’esplanade en bord de mer, juste au-dessus de la plage, est un lieu idéal pour le casse-croûte, en plein soleil.

 Le retour à la dure réalité du cycliste sortant d’une ville assez importante comme l’est Donostia est rapide : me voilà face  à une division du  boulevard en 2 autoroutes. En voulant éviter ce problème, je me perds dans une zone de bureaux ; je reviens vers le centre-ville puis décide que l’un de ces deux autoroutes n’en n’est pas un comme le gps semble l’indiquer. Ce n’était pas évident mais effectivement , en haut de la courbe je retrouve des routes cyclables ; quoique : la piste cyclable toute neuve à côté de la route, m’amène en contre-haut dans la gare de chemin de fer (Renfe) dont je dois descendre deux étages d’escalier en portant le vélo !


Je pédale ensuite sur une route assez fréquentée, le long du sinueux  Rio Oria jusqu’à la ville ... d’Orio, sans vouloir être trop lourd ! Camions et automobilistes se confirment très corrects vis-à-vis des cyclistes. A Orio, un bateau de pêche part en mer ; au loin l’autoroute qui transperce les montagnes et franchit les vallées sur un pont. Un (tout) petit col de 90 m me fait rapidement plonger sur Zarautz et de là je suivrai le bord de mer, bien aménagé pour le jogger, jusqu’à mon premier point de chute à Getaria.

L’hôtel semble fermé mais l’office du tourisme va le réveiller ; j’ai le temps de descendre au port prendre une bière avant le repas du soir dans un des deux restaurants (fort cher).Ce petit port doit être totalement bondé l’été. Mais c’est bien mignon avec, en figure de proue, une espèce de rocher de Gibraltar.








Distance: 64 km, 850 m de montée, 818 m de descente



14 Octobre

Aujourd’hui, le temps gris du matin ne se lèvera pas et il pleuvra même un peu à plusieurs reprises. Qui plus est, l’ennemi numéro 1 du cycliste, le vent, sera parfois fort et toujours face à ma progression : ouest en bord de mer ; sud sud-ouest ensuite. Petit déjeuner à 9h et départ à 9H45. Les 10 premiers km, en bord de mer sont très beaux et puis je plonge plein sud, peu après Zumaia. Plein vent et sous la pluie il me faut rejoindre Azpetia, plutôt à plat avant d’attaquer le premier col de la journée. Azpetia est une grosse ville industrielle que je quitte avec plaisir d’autant que la route se rétrécit et devient beaucoup moins fréquentée.


Je retrouve rapidement l’ambiance basque cette fois avec de très belles maisons dans des petits villages tout blancs. En fond de vallée je traverse plusieurs fois la rivière Ibaieder et après une pause casse-croûte j’attaque la montée du col Mandubia (532m) ; jamais très pentu, il me paraît bien long cependant. La descente est belle et rapide. Après Urretxu, une piste vélo longe la grande route et amène à Beasain.








Nouvelle pause dans un café cette fois : j’espère un bon chocolat, j’obtiens un Cola Cao mais le Tapa qui l’accompagne est bon. Proche de la sortie de la ville je recharge en pastelleria et un homme s’intéresse à mon itinéraire. Le deuxième col se profile à l’identique du précédent : long fond de vallée, de moins en moins passager, puis longue pente à 5%, sous le crachin. Je dois m’arrêter juste sous le col Lizarrusti (622 m) car j’ai mal au pied. Descente douce jusqu’à Arbizu. Cette fois je suis entré dans la province de Navarre. L’hôtel Izar Ondo est bien accueillant. Ma chambre donne sur un patio aménagé qui doit être bien sympa par beau temps. 




Aujourd'hui, pour passer les cols, j’étais content d’avoir le VTC avec le troisième plateau, mais pas content d’avoir pris trop d’affaires et donc d’avoir au total un chargement bien lourd. L’hôtel est presque vide ce soir et le repas un peu tristounet.  

Distance 76km, 1180 m de montée, 725m de descente.

15 Octobre

Il a beaucoup plu cette nuit et lorsque je démarre il y a un peu de brouillard mais il va rapidement faire très beau, bien que le vent soit de face, comme d’habitude. Bien plus en forme qu’hier, heureusement car l’étape, longue, démarre par un col qui va dépasser l'altitude de 1000m. Ce col se présente comme une barrière type montée sur un plateau jurassien. A la fraîche et de bonne heure il se monte aisément. Le col de Lizaraga (1031 m) se franchit par un petit tunnel. 








La descente sur  Estella, malgré le vent, est très agréable sur une bonne route peu fréquentée. Un parc national borde le flan de cette montagne (Parc Naturel de Urbasa et Andia) et de nouveau il donne l’impression d’avoir bien su préserver les richesses naturelles de cet endroit. La végétation change au passage de ce col : après les espèces tropicales du Pays Basque, on retrouve une végétation plus méditerranéenne (chènes…).


La perte d’altitude après ce col est faible et les paysage sera maintenant celui d’un plateau de moyenne altitude.



Estella semble une petite ville dynamique et agréable mais comme l’étape est longue aujourd'hui, je ne prendrai pas le temps de la visite, sauf à y faire des provisions chez le charcutier.



Il me faut alors pédaler pendant une dizaine de km sur une  route plus passagère mais toujours assez sûre. Je décide de rentrer dans le village de Allo ( !) que j’aurais pu éviter. Bien m’en prends : je trouve une placette avec de l’ombre  fort sympathique pour la pause sandwich ; une dame vient m’expliquer combien l’eau de la fontaine, en contre-bas, est bonne à boire. 




Mais aussi, il y a un parcours »touristique », facile à faire en vélo, pour visiter nombre de  placette et églises. In fine, je prends un café en discutant avec des marocains.  






 De longues lignes droites venteuses de peu d’intérêt, si ce n’est que cela donne un avant-goût des hautes terres de Castille (terre rouge, ingrate, sans doute à faible rendement pour les céréales) m’amène à Sesma, gros bourg niché à flanc de colline, à l’image des villages blancs d’Andalousie, puis à Lodosa. L’autel baroque de l’église est tout ce qu’il y a de classique, Amérique du sud comprise.

 

 S’en suit une bande de plaine plus riche, traversée d'abord par le Rio Ebre puis 10 km plus loin un canal de dérivation que je franchit à son tour. Je rentre alors dans la Province de La Rioja. Je pensais traverser un vignoble sur des km mais c’est en fait assez bref, du moins par là où je passe et assez diffus : la faute sans doute à cet aspect « mal entretenu des vignes «  en comparaison des vignobles français dans lesquels pas un brin d’herbe ne pousse dans les lignes. Il fait maintenant assez chaud pour la saison.

















Demain sera une rude étape de cols, mais ce soir, avant d’arriver à Arnedo, plus de 90 km seul contre le vent (bien qu’en fin de journée il me soit moins défavorable), les premiers contreforts de la Sierra font mal  de la aux jambes. L’arrivée à Arnedo surprend, ville corridor logée au fond du rio Cicados, très industrielle (capitale de la chaussure) du côté de  l’entrée ouest par laquelle je l’aborde. Il me faut la remonter sur plusieurs km avant de trouver l’hôtel Ibis que j’ai réservé sur Internet. Je m’énerve un peu contre le site »booking » qui ne proposait que cet hôtel moderne et sans saveur alors que la ville semble en posséder de nombreux autres. Ce soir, je n’aurai pas le courage d’attendre 21h pour dîner et je profite d’une épicerie ouverte pour manger dans ma chambre. Un peu mal au dos ce soir ; il tombe des cordes sur le Jura selon Marcelle.

Distance: 101 km, 1030 m de montée, 1110 m de descente.

16 Octobre

Certes la nuit n’a pas été terrible : coucher assez tard, trop chaud, poubelle qui réveillent mais pourquoi cette sensation malgré tout que ça va être dur la journée à venir ; sans force alors qu’hier je croyais la forme revenue ; dès le départ à 9h 45, je sens que le jambes font mal et le système cardio-vasculaire s’affole bien trop rapidement à la moindre montée ; et dieu sait s’il y en aura à venir des montées. 

Comme prévu le temps est moyen, soleil caché par quelques nuages et comme prévu aussi la matinée est fraîche ; il va falloir monter pendant 50 km, pour une dénivellation de 1000 m environ. Pas de quoi s’affoler quand même, bien que, cela devient une habitude, le vent soit défavorable ;  le petit village de Herce, adossé à une gorge rouge ma rappelle certain endroits de Bolivie ; le rocher est effectivement jaune rouge magnifique.




















La journée entière se passe dans une vallée qui fourmille de sites préhistoriques avec des traces, à même le sol, de dinosaures : nombreux sites le long ou aux abords de la route et un musée à Enciso ;  je m’arrête dans ce village pour un café ; jusqu’à présent, même si ce n’est pas si facile la route serpente le long de la rivière ; mais après Enciso, brusque montée sur une route neuve que je monte assez bien petit plateau ; puis on retrouve l’ancienne route au moment où l’on passe dans la Province de  Castille et Leon, région de Soria ; la route se rétrécit beaucoup, est assez mauvaise et serpente le long du rio Cicados parmi les arbres aux belles couleurs mordorées  d’automne pour ce qui concerne les feuillus ; perdu au milieu de nulle part, je croise deux cyclo-randonneurs, les premiers depuis Hendaye; je vois bien que je peine mais qu’y puis-je ? 









Magnifique petit village de Yanguas ;












Juste avant d’arriver à Vilar Del Rio la route semble coupée ; un pont est en réparation mais on peut le contourner en passant le Rio à gué ; la dernière partie s’annonce sur une route bien goudronnée à 5% environ mais j’avais calculé qu’il restait 13 km à monter et il en est indiqué 17 pour le col ; vu mon état de fatigue  et surtout souffle court ça promet ; je m’arrête assez rapidement dans les premières pentes pour  me restaurer un peu sur un site aménagé pour observer à même le sol des traces de dinosaures 


Plein de détermination je reprends mon chemin  pour 10 ou 14 km c’est selon ; ce sera 10 de montée et 4 sur les crêtes qui ressemblent à s’y méprendre au mont Lozère, le tout parsemé de dizaines d  ‘éoliennes ; je me fait une pause touron au vrai col (à 1500 m d'altitude environ) quand je  suis sûr qu’il n’y a plus qu’à descendre.  


Il est déjà tard et Soria est encore loin lorsque j’aborde la descente, très venteuse (défavorable) comme depuis le début de la journée mais sur du bon goudron ; gavé de Tourron, je chemine assez bien sur les longs  faux-plats qui font suite à la descente pas très raide ; au bout de 22 km, il me faut rechausser les crampons  (petit plateau) pour atteindre Soria ; je discute avec des flics à un carrefour pour être sûr de ne pas me tromper ; après une dernière côte je trouve facilement l’Hostal Ruiz, bienvenu ; la moyenne horaire est pitoyable : à peine plus de 13km/h ; pourrais-je continuer dans ces conditions ? en tout cas je prévois de couper l’étape de demain en 2 . 


Soria est tout à fait le genre de ville que j’attends de découvrir en Espagne ; un centre-ville piétonnier  important, la foule du soir, une douceur "angevine" au coucher de jour, de nombreux bâtiments jaune ocre magnifiques, palais de justice, églises, palais divers, statues allégoriques du poète Antonio Machado ; beaucoup de jeunes dehors ; attention cependant: l'hiver y est aussi rude que l'été peut être torride


Ne pouvant pas attendre l’heure de la Cena, je me prends force tapas, "vino tinto" et boules de glaces au chocolat, le tout dans le meilleur restaurant de la ville et ne le regrette pas (11 euros: doit y avoir une erreur).



Distance 92km, 1270 m de montée, 720 m de descente.

17 Octobre

Très belle journée à tout point de vue ; beau temps pas trop de vent et plutôt en forme comparé à hier ; ce n’est pas difficile ; je fais une réservation d’hôtel à San Leonardo de Yague, à 54 km sur la nationale qui remonte à Burgos, puis vais photographier les beaux monuments de Soria entrevus la veille. Je renvoie à Paris tout une série d’habits (ropa) qui décidément ne me servent à rien si ce n’est me plombent les sacoches et le moral.








Je pars à 12h par  la route d’hier soir qui m’oblige un peu bêtement à faire le tour de Soria par le périphérique, ce qui n’était pas franchement  nécessaire (mauvaise programmation du GPS) ; puis je prends la Nationale en direction de Burgos, prêt à me talquer les 50 km sur la belle b.a.u. ; au bout d’une vingtaine de km un petit resto de bord de route me tend les bras ; évidemment il est trop tôt pour déjeuner ; pensez donc il n’est que 13h30 !;je prends les boissons et me prépare à manger mon propre frichti mais finalement le fils du proprio me prépare une « Tortilla » et on se quitte bon amis ; le jardin est de façon très agréable.





Puis rapidement je constate que j’ai le temps de faire un petit détour pour échapper à la nationale ; bien me prend car en remontant  7 km au Nord (tiens j’ai le vent dans le dos, pour la première fois) , j’arrive dans un parc national avec une magnifique réserve d’eau et une route forestière de 20 km le long d’une rivière qui sera un enchantement tout du long : pin et feuillus, tapis de sol moussus, petite rivière qui coule, quelques tables de pique-nique, quelques troupeaux de vache et absolument personne pendant 20 km : heureusement que je n'ai pas eu d’incidents à ce moment là !






Je me repose allongé dans l’herbe ½ heure , rejoint rapidement la nationale puis  San Leonardo et enfin l’hôtel Manrique de Lara, plein ouest, grand luxe… pour un randonneur comme moi ;




Je prends la "cena" tout seul dans la grande salle de restaurant ; contrairement à ce que j’ai pu dire précédemment les repas du soir ne sont pas chers du tout et très bons dans ce cas ce soir-là ;  une salade de haricots dans de la sauce tomate puis du poisson et un fromage blanc solide local, tous excellents ; petit tour en ville ; la grosse nationale y passe mais il y a un château sur le dessus, les rues sont bien éclairées.


Distance 64km ; 362 m de montée, 400 m de descente.

18 Octobre

Au petit déjeuner assez modeste (il y  a donc aussi en Espagne des personnes obèses) , il y a un peu plus de monde dans cet immense hôtel vraiment peu plein et dont on se demande comment il survit dans la crise; hier la dame de la réception qui parle un peu français et qui me chouchoute m’a dit qu’il avait 10 ans ; près du parc national que j’ai traversé hier, et surtout près des gorges magnifiques que je vais effleurer aujourd’hui,  on peut penser malgré tout qu’il fonctionne bien l’été. 

L’étape, deuxième partie de celle d’hier, est à priori assez courte et à part une petite côte proche du départ le profil est tout en légère descente ; il fait gris maussade, proche de la pluie ce qui n’aide pas à la sérénité. 




Très rapidement au bout de quelques km, juste avant le petit col de la journée je rencontre un « collègue », hollandais de son état, et qui sort tout maculé de boue, sur son VTT, d’une visite matinale  des gorges  du Canyon de Rio Lobos ; cet homme qui bourlingue depuis plusieurs mois et songe à rentrer dans ses Bas-Pays car l’hiver approche me dit qu’il s’agit, pour qui est équipé d’un VTT, d’un endroit réellement fantastique ; peu de temps après l’avoir quitté je tombe effectivement sur un panneau d’entrée dans le parc et les chemins (randonnée à pied et VTT) semblent très nombreux.

Je m’attaque péniblement à la pente du jour puis suivent une descente assez courte et commence le long faux plat qui me mènera  sur 50 km à Arranda del Duero ; le coin est totalement désertique, seulement troublé un instant par deux horribles quads ; je suis à plus de 1000 m d’altitude et même si le temps grissoulloux se lève peu à peu, l’ambiance est des plus austères ; petits villages ou gros bourgs un peu endormis ; de longues portions désertiques entre eux avec des parcelles  de campagne cultivées, mais que cela doit être rude et peu  productif ; la terre est rouge foncée, quelques haciendas ou églises qui se découpent dans le lointains évoquent  Sancho Panca et l’Espagne agricole des siècles passés ; 





Les noms des villages sont magnifiques tel que  Santa-Maria de las Hoyas, Quintanilla de Nuno Pedro, Alcubilla de Avellaneda, et encore Alcoba de la Torre ; je m’arrête deux fois pour écouter ce silence qui règne sur ces hauteurs et aussi me reposer avouons-le. Dans un village dans lequel je m’arrête remplir ma gourde, deux automobilistes s’arrêtent, fouillent du regard l’abreuvoir pendant plusieurs minutes puis s’en vont.

Dans le guide il est dit que le gros bourg de Penaranda de Duero vaut le détour ; quand j’y arrive je suis entraîné par un tracteur qui pendant 1 ou 2 km me coupe le vent, défavorable comme toujours, pleins de belle grappes de raisins ; les vendanges battent leur plein ; comme d’habitude en Espagne, ces vignes paraissent mal entretenues par rapport aux nôtres en France ; il n’empêche que les canons que j’en bois le soir sont excellents ; il faudra que j’en trouve pour les déguster avec les amis du cercle Marianne au-delà du classique Rioja. 


Au  loin on aperçoit une château un peu délabré qui surplombe Penaranda et aussi une église qui dépasse des autres maisons ; 





et puis quand on franchit le porche qui mène au site historique, on tombe à la renverse : dans un petit périmètre, sont concentrées plusieurs merveilles architecturales, ceinturant une place ni ronde ni carrée ; une façade d’église magnifiquement ciselée, un pilori gothique classé au patrimoine mondial de l’humanité, rien que ça, et une palais d’ Avellaneda  que je ne pourrai visiter mais dont l’intérieur semble receler des trésors ; les ornements de façade ocre sont déjà très purs.




       


Comme les choses sont bien faites, je peux me restaurer avec  tranches de porcs baignant dans l’huile d’olive (!) sur cette place d’anthologie avec juste ce qu’ils faut de touristes bruyants et débiles pour pouvoir les supporter.




Après une vingtaine de km tous plats  j’arrive à Arranda del Duero, lové dans une boucle du Duero ; l’hôtel Julia est là juste à gauche sur le (petit) périphérique, à l’entrée de la vieille ville piétonne ;  dès mon arrivée et affaires posées à même la chambre, je descends dans le bar à côté de l’hôtel pour la petite bière de réconfort ; nous sommes samedi, jour de match(s) de foot : je vais comprendre ce que ce mot veut dire en Espagne : pas moins de 6 télévisions retransmettent le match du Real Madrid. Quelqu’un me dira plus tard que presque tous les matchs d'une journée de championnat sont décalés et donc presque tous retransmis en direct ; les stades sont par ailleurs pleins ; autre culture que Sochaux-Guingamp. 

Inquiet au début du bruit de la laverie situé sur le toit ( !) de l’hôtel et donc juste au-dessus de ma chambre, tout rentre dans l’ordre vers 18h, juste au moment où éclate un orage : on n’est donc  jamais tranquille. Après un petit somme réparateur je déambule dans les rues très animées ce Samedi soir ; sur une place, je trouve un bar pleins de bonnes tapas : je vais y faire honneur : "este , este y este" ; en ce moment c’est Barcelone qui joue son match.
Un tour en ville me permet de découvrir la route du départ du lendemain matin et la cathédrale, impressionnante sur la place étroite ; 





Un peu plus loin, assis sur un banc au style design moderne sur une placette pour déguster une glace, je peux confirmer combien, en Espagne plus qu’ailleurs me semble-t-il, les architectes d’extérieurs ont osé - avec succès - le design moderne à côté (ou parfois dans ) du gothique ou de l’ancien. 


Distance 62 km ; 147 m de montée et 383 m de descente.

19 Octobre

Ce matin les sensations sont bonnes, heureusement car le programme est chargé.

Il me faut gérer le petit déjeuner que je ne peux prendre à l’hôtel assoupi ce Dimanche matin, mais dans la pastelleria ouverte de bonne heure juste en face de l’hôtel ; j’aurai ainsi le pain pour la journée c’est déjà ça. Conformément à mes plans de le veille, je traverse la ville puis le pont sur le Duero endormi ; 





Très rapidement je prends, au km 0 la route  CL 603 sur lequel Ségovie le but de la journée se trouve à 100 km pile ; je suis parti de bonne heure pour pouvoir espérer un peu de temps sans trop de vent ; bien vrai mais seulement pendant la première heure ; qui plus est  les 50 premiers km sont plutôt en montée (on va largement dépasser les 1000 m) et sans arbre pour me protéger du vent ; mais quand la forme est là ; néanmoins et c’est rare je mets les écouteurs pour ne pas penser aux longues lignes droites à venir : je  m’attends en effet à une journée monotone. 


                                            



                                         



Certes pendant les 50 premiers km, mis à part la terre toujours aussi rouge mon appareil photo reste dans la poche. Puis 2 belles surprises coup sur coup : après  n’avoir  pratiquement fait que monter depuis plus de 2h, une belle descente récompense tous ces efforts ; et en bas au km 40, précisément à  San Miguel de Bernuy (plus joli en bouche que Bécon les Bruyères, c’est affaire de goût) petite bourgade dans laquelle passe la petite rivière Duraton on trouve une station de canoë-kayak, active en cette saison tardive et joliment aménagée. Pour compléter le tableau, les arbres sont revenus, dorés de leur parure d’automne et le soleil sort de son trou ; comme sur l’autoroute une pause s’impose.






Il reste encore encore du « boulot » et je m’y attelle sans tarder : c’est plat et bordé de sapins clairsemés sur un terrain sableux cette fois, comme beaucoup d’endroits en Turquie. J’avance vite, au moins à la vitesse de deux escargots : la ligne droite fait 21 km, le soleil est là et une pâtisserie judicieusement ouverte un dimanche à 14h quand tout le monde dort, me permet de recharger la barque à Cantalejo, km 55 ; 




Le vent est assez fort mais les sapins me protègent bien, Ségovie s’envisage. Mais je m’arrête encore pour la surprise suivante que j’aurai dû repérer sur la carte : le petit carré noir indiquait un château ; c’est une merveille de château de Blanche Neige juste au-dessus du village Turegano, km 71 ; une nouvelle pause est décrétée aussitôt : le soleil est carrément très chaud cette fois.






Je m’arrête une dernière fois à la station-service de Pinillos de Piron : depuis ce matin, je redoute l’arrivée à Ségovie qui semble devoir se faire sur une 4 voies obligatoires ; sauf si… les petites routes un peu plus à l’est le permettent aussi sans trop se perdre ; avec mon espagnol bas de gamme, j’arrive à me faire comprendre et l’homme l’explique que ce que j’avais subodoré est un bon plan ; en plus je vais voir plein de taureaux ; ça ne tarde pas , cette région est pleine d’élevage de cette bête à corne (P… les cornes !) sans doute destinés à une fin peu glorieuse ; dans les étables, vus de loin ils ne m’effraient pas; dans les prés c’est déjà de façon plus respectueuse que je les salue avant de les photographier.




Ces petites routes sont un dernier régal de couleur d’automne avant l’arrivée à Ségovie ; 


 


Par la route par laquelle j’arrive, je ne vois pas les édifices tels que l’Alcazar ou la cathédrale ; mais je prends en pleine figure l’aqueduc romain et remonte jusqu’à lui pour trouver mon hôtel, via l’office du tourisme. En prenant ma bière, face au plus bel édifice de ce genre, me dit le guide, je décide de rentrer demain : Ségovie est une belle conclusion et j’ai besoin d’un jour de repos avant de reprendre ; je reprendrai donc une autre fois pour plus d’étapes. 




Je veux visiter la ville haute avant de me rendre à l’hôtel mais une mauvaise lecture du plan me plante et je file à l’hôtel dans lequel je rentre par le restaurant de façon bien remarquée et remarquable ; 




Très belle chambre au-dessus du resto mais la connexion internet fonctionne mal ; je monte en ville manger et suis époustouflé par la splendeur de la cathédrale ; une première série de tapas puis une seconde bien plus agréable me comblent l’estomac vite fait ; je prends les photos de nuit au cas où, 




mais elles seront bien plus belles demain de jour. 



                   

                                         





                    






Distance: 109 km ; 773 m de montée ; 585 m de descente

Au total: distance 568 km – 5612 m de montée  – 4741 m de descente  




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